v2.11.0 (6271)

Stage - HSS_52902_EP : Villes, environnement, climat

Domaine > Humanités et sciences sociales.

Descriptif

Samuel Rufat
samuel.rufat@polytechnique.edu

Les changements globaux accroissent la probabilité et l’intensité des événements extrêmes, tandis que le développement économique des espaces les plus exposés accroît les risques de catastrophes, en particulier dans les grandes villes. Alors que les efforts pour lutter contre les dégradations de l’environnement, les pollutions, le changement climatique et les risques n’ont pas les mêmes effets sur tous les territoires, toutes les activités ou tous les groupes sociaux, certaines politiques environnementales deviennent inadaptées, certaines solutions peuvent se révéler contre-productives et certains efforts d’adaptation apparaissent inéquitables.

L’Anthropocène est une nouvelle ère dans laquelle une espèce s’est imposée en force géologique. Les bouleversements engagés sont irréversibles et la crise environnementale nous impose de reconsidérer les manières de produire du savoir, d’utiliser les ressources de la planète, de les partager, de gouverner des sociétés de plus en plus inégalitaires alors que la démocratie est menacée. Il y a un besoin crucial d’innover et de transformer en profondeur pour agir en vue d’une société juste, respectueuse de l’environnement, protectrice des plus vulnérables et résiliente face aux crises.

  • Exposome urbain et glissement des risques

L’exposome urbain désigne le cumul des expositions à des facteurs de l’environnement urbain défavorables à la santé et à la vie. Il impose de tenir compte de l’ensemble des expositions et vulnérabilités, ainsi que des caractéristiques socio-économiques afin d’identifier des inégalités environnementales qui seraient cumulatives tout au long de la vie. Alors que les problèmes environnementaux sont traités de façon sectorielle (pollutions, bruit, perte de biodiversité, canicules, etc.) ou sous des angles plus techniques que politiques et sociaux, les interdépendances propres aux villes et les changements globaux nécessitent une mise à jour des outils réglementaires et cartographiques pour éviter que les solutions sectorielles se traduisent non pas par une réduction mais par un glissement des risques et des externalités négatives vers d’autres territoires et d’autres groupes sociaux.

Les territoires qui cumulent les expositions ont tendance à concentrer plus de populations et d’activités vulnérables. La baisse du coût du foncier ou l’augmentation des coûts de construction ou d’assurance conduisent à un tri socio-économique : les plus favorisés partant en premier, ils laissent les autres dans une spirale descendante. Il s’agit aussi de porter une attention particulière aux groupes sociaux marginalisés et en particulier des populations captives des conditions environnementales les plus défavorables, en lien avec la ségrégation résidentielle et l’accessibilité aux aménités.

  • Risques NaTech (accidents technologiques engendrés par un extrême climatique)

Les effets en cascade sont accentués par le dérèglement climatique. Il y a un brouillage des frontières entre risques dit « naturels » et risques liés aux activités humaines. Les outils actuels d’anticipation, de prévention et de gestion sont en silo et ne permettent pas de faire face à l’émergence de ces polycrises. Que se passe-t-il si un incendie de végétation se rapproche d’un site Seveso synonyme de risque industriel majeur ? Comment gérer les inondations de grande ampleur dans les territoires urbains abritant des infrastructures critiques ou les remontées de polluants ?

Les territoires urbains sont associés à de fortes densités de population, d’infrastructures et d’installations industrielles. Les enjeux sont de développer des outils permettant d’anticiper et de cartographier ces risques en cascade et d’évaluer les incertitudes associées. Il s’agit aussi de développer des outils d’aide à la décision et de participer à l’élaboration de politiques et de solutions qui tiennent compte d’un ensemble complexe de paramètres, d’incertitudes inhérentes, des capacités d’adaptation et d’innovation des territoires et de la structuration nationale des réponses apportées.

  • Transition(s) et vulnérabilité(s)

Les effets des activités anthropiques sur les mécanismes environnementaux sont entrés dans le débat public, dans les politiques publiques (climat, énergie, biodiversité, risques, etc.) et sont relayées à l’échelle des entreprises (développement durable, Responsabilité Sociétale des Entreprises, etc.). Mais les injonctions à la transition écologique, énergétique ou environnementale, à la résilience ou l’adaptation, à la compétitivité des territoires sont aussi à l’origine de contradictions, de résistances voire de conflits, sur les modalités du choix des territoires et des projets, l’accès à la prise de décision, sur la monétarisation de la nature, répartition des ressources, des aménités, des externalités négatives et des risques entre les territoires et les groupes, ou lors de l’affrontement entre logiques de préservation, d’adaptation ou de transformation.

Le foisonnement d’indicateurs autour de la résilience, la vulnérabilité, l’adaptation, mais aussi les transitions, etc., la multiplication des outils de modélisation alimentent la superposition de discours contradictoires. Chaque prise de décision semble inventer le thermomètre venant lui servir de légitimation. Il s’agit d’explorer les conditions de validation empirique des indicateurs, interroger leur pertinence et leurs effets sur les territoires.

En explorant les ambiguïtés des transitions, les contradictions entre enjeux de cohésion sociale et de justice environnementale, l’émergence de conflits, comme lorsque la préservation de la biodiversité est instrumentalisée contre les projets d’énergies renouvelables, de logements sociaux ou d’aires d’accueil des populations mobiles, ou lorsque les zonages et modes de gestion des risques ou dégradations environnementales rendent captives les populations les plus vulnérables.

  • De la prise de conscience à l’adaptation : concertation et planification

Est-ce que seuls les parieurs compulsifs subissent des dommages liés au climat ? Les politiques de gestion des risques et stratégies de développement durable se détournent des enjeux de vulnérabilité des populations et des territoires, trop souvent pour les réduire à des questions de communication. Elles reposent sur trois hypothèses biaisées :

  1. Les parties sont conscientes des risques auxquelles elles sont exposées et des effets des changements globaux ;

  2. Elles savent ce qu’il faut faire pour limiter les dommages et ont la capacité de s’engager dans des actions d’adaptation ;

  3. Elles sont motivées pour prendre ces actions et leur engagement est efficace, l’un découlant de l’autre.

On en déduit trop souvent que si les personnes ignorent ou négligent les risques, des efforts de communication sont nécessaires et suffisants pour surmonter ce qui serait des erreurs de jugement ou de motivation. Il faut à la fois comprendre les barrières et les freins à l’action individuelle et collective, les capabilités des différents acteurs, les contradictions entre mitigation et adaptation, et co-produire les solutions par la concertation, la mobilisation des données scientifiques dans les politiques publiques. L’association de toutes parties prenantes, en particulier les vulnérables et les territoires les plus exposés, est cruciale pour co-produire des stratégies de planification innovantes.

  • Assurance et comportements d’adaptation

Les catastrophes dites « naturelles » causent des centaines de milliards de pertes chaque année dans le monde et ont des conséquences humaines et sociétales considérables. La France est le dixième pays le plus affecté par les catastrophes.

Dans certains territoires, les risques deviennent trop élevés pour être assurables. Après certains événements, l’augmentation des coûts des sinistres pose la question de la soutenabilité du régime d’indemnisation des catastrophes. Par ailleurs, l’hypothèse de l’aléa moral soutient que les personnes et les entreprises assurées prennent moins d’autres mesures d’adaptation parce qu’ils supposent que leurs pertes seront de toute façon couvertes. À l’inverse, l’hypothèse de la sélection avantageuse soutient qu’ils considèrent l’assurance, les autres mesures de réduction des risques et les comportements d’adaptation comme complémentaires.

Il s’agit d’évaluer l’efficacité des réformes possibles des régimes d’assurance pour améliorer à la fois la protection financière des clients et les incitations à l’adaptation et la réduction des risques. L’efficacité de ces stratégies doit être évaluée empiriquement à l’aide d’expériences comportementales.

  • Penser le changement au-delà de la seule perspective de l’innovation technologique

Ces grands défis d’intérêt général pour des sociétés plus résilientes peuvent être explorés en stage dans des réseaux internationaux de recherche (UNDRR, IRDR, etc.), dans des laboratoires de recherche (CNRS, université, etc.), à l’échelle européenne (DG ECHO, CERIS, JRC, etc.), dans les services de l’État (ministère, agence publique, etc.), dans les collectivités territoriales, la Caisse Centrale de Réassurance, les associations d’utilité publique (AFPCNT, etc.), tout comme dans le secteur privé (bureau d’étude, cabinet de conseil, services urbains, etc.).

Objectifs pédagogiques

Stage d’initiation aux méthodes de la recherche scientifique qui a pour but de travailler sur un sujet de recherche défini et de mettre en pratique les apprentissages des 3 années d'étude. Le stage doit comporter une initiation à la gestion de l’incertitude propre à la démarche scientifique : évaluation des résultats de son propre travail, constat des voies sans issue, saisie des opportunités, redéfinition de ses objectifs et de sa stratégie.

Diplôme(s) concerné(s)

Parcours de rattachement

Objectifs de développement durable

ODD 9 Industrie, Innovation et Infrastructure, ODD 11 Villes et communautés durables, ODD13 Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques, ODD 16 Paix, justice et institutions efficaces.

Format des notes

Numérique sur 20

Littérale/grade américain

Pour les étudiants du diplôme Programmes d'échange internationaux

Le rattrapage est autorisé (Max entre les deux notes)
  • le rattrapage est obligatoire si :
    Note initiale < 10
  • le rattrapage peut être demandé par l'étudiant si :
    Note initiale < 10
L'UE est acquise si Note finale >= 10
  • Crédits ECTS acquis : 20 ECTS

La note obtenue rentre dans le calcul de votre GPA.

Pour les étudiants du diplôme Titre d’Ingénieur diplômé de l’École polytechnique

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